Viva Arte Viva - La Biennale di Venezia 2017


Paolo Baratta est le président de la Biennale de Venise. Pour cette 57e édition, il a choisi la Française Christine Macel (Centre Pompidou) comme commissaire de l’exposition à l’Arsenale et au Giardini. 80% des artistes choisis cette année le sont pour la première fois. L’art contemporain connaît un renouvellement qui permet difficilement à l’amateur de maîtriser cette offre florissante. Nous avons choisi de nous concentrer sur dix pour cent des artistes présents. 13 créateurs venus du monde entier.
LILIANA PORTER réunit une masse de détails dans une époustouflante installation. C’est une nouvelle version de son œuvre de 2014  El Hombre con el hacha y otras situaciones breves (l’artiste est argentine). Le Man with Axe, titre de la réalisation, est à trouver pour comprendre le sens de la narration. Ce petit bonhomme est-il responsable de tout ce délirant désastre ?








Le travail de FRANCIS UPRITCHARD nous marque aussi particulièrement. Originaire de Nouvelle Zélande, elle vit et travaille à Londres. Ses sculptures sont d’un genre indéterminé et nous renvoie à la fois à la culture maori, hippie ou kabuki.
 

Si le dessin avait été très présent, selon nos goûts, il y a deux ans, c’est l’art vidéo qui nous interpelle cette année. MARCOS AVILA FORERO est né en France en 1983 et travaille à Paris et à Bogotá. D’origine colombienne, il  travaille dans la forêt amazonienne. Il a ainsi documenté une tradition exportée d’Afrique : le water drumming sur la rivière Atrato (qui donne son nom à la vidéo). Les populations locales réapprennent de façon ludique mais néanmoins musicale cette pratique qui fut utilisée comme un moyen de communication. 


L’art contemporain est ici proche du travail documentaire. On retrouve également le Japonais SHIMABUKU. En 2016, il a realisé The Snow Monkeys of Texas (ici). En 1972, des singes vivant dans les montagnes de Kyoto ont été déportés dans le désert texan. Au cours de la première année, la population a été décimée puis, très vite, ils se sont adaptés à leur nouvel environnement. Plus rapidement que les hommes ? L’artiste japonais a ressenti le besoin d’aller à leur rencontre. Considérant qu’ils s’étaient américanisés, il a souhaité leur rappeler les origines. Il a déposé des blocs de glace devant eux en filmant leurs réactions. Do snow monkeys remember snow mountains ? ENRIQUE RAMIREZ est d’origine chilienne mais lui aussi travaille entre Paris et Santiago. Un Hombre que Camina est un magnifique film de 21 minutes tourné dans un désert de sel bolivien (ici). La lumière est presque irréelle dans des teintes de bleu et de blanc. Le port du masque et la marche lente de fanfares créent une ambiance belle et funèbre. 


MAHA MALLUH projette un film qui a été tourné sur le lieu de cette installation. C’est une comédie musicale où le chant alterne entre opéra et Rn’b. Comme si Rihanna avait fusionné avec une cantatrice. On les voit aussi écrire à la craie sur les murs qui nous entourent. Maha Malluh est une femme, saoudienne et artiste. Ce n’est pas une équation si évidente, même en 2017 malheureusement. Elle fut d’ailleurs la première femme a avoir exposé publiquement dans sa ville natale Jeddah (l’autre capitale de la culture saoudienne avec Riyadh). A l’entrée de sa salle, on voit un mur de cassettes enregistrées par des religieux pour montrer comment les femmes doivent se comporter. Un exemple de cette série qui fut aussi présente à la Saatchi Gallery l’an passé et dès 2012 pour sa première exposition solo à Londres. Maha Mallu commence aussi à être prophète dans son pays. Son travail a été « apprécié » par le couple Trump amené à une exposition d’art contemporain lors de leur visite dans le royaume des Saoud.



HAJRA WAHEED est né au Canada, vit toujours à Montréal. D’origine d’indienne, elle a grandi en Arabie Saoudite dans une résidence surveillée qui appartenait à la compagnie pétrolière Aramco, un univers qui ne laissait pas les filles s’exprimer artistiquement. Elle a ensuite étudié l’art à Chicago. Comme pour Sea Change en 2011, Our Naufrage interroge sur la disparition des migrants. 38 peintures à huile de petit format forment à côté la série Avow. Il n’est donc pas besoin d’en faire des tonnes pour que le visiteur prenne le temps. On peut être vraiment rassasié et avoir toujours faim.





Elle vole la vedette à la totalité des artistes présents au Pavillon central du Giardini. Seules, dans une salle proche, des images des performances corporelles de TIBOR HAJAS nous font de l'effet (Surface Torture, Flesh Painting). Il incarnait en Hongrie dans les années 60-70 la contre-culture face aux Soviétiques. 


L’artiste coréen LEE SOOKYUNG propose lui une sculpture monumentale intitulée Translated Vase Nine Dragons in Wonderland. Un rapport entre tradition et modernité qu’il accompagne également dans les jardins Giardini avec des performances de danses traditionnelles coréennes. Ses assemblages rappellent le travail de Subodh Gupta.


LEE MINGWEI (from Taiwan) est aussi présent à deux reprises. Dans l’Arsenale, on arrive directement face à son installation interactive (The Mending Project). Elle invite à déposer des vêtements à repriser. Mais n’espérez pas les récupérer ensuite, ils font partie de l’œuvre. En tout cas, la médiatrice n’attend que vous.  Après on y voit l’interprétation que l’on veut : « the act of mending is transformed into a device that triggers meaningful personal narratives as well as the possibilities of emotional resonance.” Une rêverie dans le ton de cette femme en tenue traditionnelle se baladant hors de son jardin vers les salles du pavillon. Une performance également signée par Lee Mingwei. 


HAO LIANG (from Beijing) travaille lui à l’encre sur des toiles de soie pour nous offrir des vues du fleuve Xiaoxiang.


Christine Macel connaît bien ANRI SALA, qui est un habitué des lieux. Il était par exemple en charge du pavillon français en 2013. Il mixe un instrument traditionnel d’impression à une boîte à musique. Le motif s’écrit au mur en produisant une petite mélodie qui attire les curieux. L’effet a fonctionné. MICHEL BLAZY réussit aussi son coup en rejoignant nos repères de consommateur. La mode est passée chez Foot Locker. 

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