Mustang

Le premier long métrage de la réalisatrice Deniz Gamze Ergüven est souvent comparé à Virgin Suicides. D'ailleurs, cette jeune cinéaste turque, passée par la Femis, a vécu à Los Angeles. Comme dans le film de Sofia Coppola, cinq sœurs vivent en réclusion dans leur maison familiale. L'étau serre de plus en plus jusqu'à la séquestration. Nous retrouvons aussi les mêmes stratégies de contournement, cette obsession pour l'interdit, les garçons en l’occurrence et les drames. Pour le premier, ces scènes se déroulaient dans le Michigan en 1974. Mustang pose le décor dans un village du Nord de la Turquie. Après la mort de leurs parents, les cinq sœurs du film sont élevées par leur grand-mère et leur oncle. En 2015, en Turquie, Deniz Gamze Ergüven a voulu montrer la prégnance d'une interprétation rigoriste de la religion au sein de la sphère familiale. Dans une Turquie pourtant laïque (de moins en moins sous Erdogan?), les contacts entre filles et garçons peuvent être proscrits et les mariages forcés. La plus jeune d'entre elles observent ses aînées. Elle les copient avant que celles-ci soient prises dans un engrenage que la plus jeune déteste par dessus de tout. Le regard de Lale, narratrice également, sur son environnement donne au film tout son caractère. On est parfois proche du conte par la rencontre avec ce livreur sur ce qui semble être la seule et unique route. Les jeux d'enfants et quelques seconds rôles nous poussent vers le burlesque et laissent part à l'imagination même quand l'espoir disparaît. Il faut bien avouer que le contexte est très sombre entre deux coups de feu mais, grâce à un scénario très bien ficelé (coécrit avec Alice Winocour), le film n'est pas du tout anxiogène. L'amour est même permis. Porté par la musique de Warren Ellis (guitariste de Nick Cave), on respire autant qu'elle dans la folie d'un bus de supportrices, les tribunes d'un stade turc ou encore les premières leçons de conduite. Après le chef d’œuvre Winter Sleep (ici) l'an passé, le cinéma turc nous séduit à nouveau. Voyageuse (son père est diplomate et elle a même obtenu une maîtrise d'histoire à Johannesburg), Deniz Gamze Ergüven va sûrement s'émanciper de son contexte national pour écrire de nouvelles pages d'un cinéma moderne et engagé.


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